• Docteur Nancie Attia

Supprimer l’heure d’hiver chez les femmes

"C'est dans son automne et dans son hiver que la femme s'affranchit de ses chaînes". Comme pour donner raison à Simone de Beauvoir, à notre époque où l’on parle de plus en plus d’annuler l’heure d’hiver dans nos villes, l’hiver biologique des femmes semble en voie d’abolir également l’horloge biologique de leurs vieux jours. En effet, une nouvelle étude menée par les chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem sur les secrets de la fertilité féminine et le processus de vieillissement des ovocytes tente de mettre les pendules à l’heure.


L’horloge biologique chez la femme

Les femmes et leur horloge biologique… Ce légendaire compte à rebours qui rythme la vie de tant de femmes sera-t-il prochainement obsolète? Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem permet de s’interroger. Les scientifiques seraient en effet occupés à mettre au point une méthode visant à ralentir la maturation des ovocytes. Le but : prolonger la fertilité des femmes, leur permettre d’avoir des enfants à un âge plus avancé et réduire les anomalies congénitales chez les bébés nés de mères plus âgées. Un communiqué officiel de l’Université hébraïque de Jérusalem souligne toutefois que les femmes ne pourront pas contrôler leur horloge biologique à leur bon vouloir. Les résultats des recherches sont

encourageants mais le chemin reste long. Pour l’heure, les scientifiques espèrent que leur travail permettra d’améliorer la fertilité des femmes et de maintenir la qualité de leurs ovocytes jusqu’à 30 ou 40 ans.


Au commencement : l’ovogénèse

Les chercheurs s’intéressent depuis très longtemps au processus de développement cellulaire nommé ovogénèse, à l’origine de la formation d'un ovule ou d'un ovocyte chez les femmes. Mais s’ils ont accumulé un très grand nombre de données sur les différentes phases de l'ovogénèse, leurs connaissances sur la façon dont ses étapes sont orchestrées restent encore floues. Une donnée est toutefois bel et bien établie : le vieillissement des ovocytes est l’une des principales causes d’infertilité, d’anomalies congénitales et de malformations naturelles.


Un interrupteur de fertilité

Yonatan Tzour et Hanna Achache, chercheurs au département de génétique, ont choisi de travailler sur des vers qui comptent le même nombre de gènes que l’espèce humaine (20.000 gènes) et dont les ovules arrivent à maturité en l’espace d’une journée environ. En collaboration avec des scientifiques de l’Université d’Harvard, l’équipe d’experts a ainsi réussi à identifier le gène ogr-2, à l’origine du contrôle du vieillissement des ovules. Ils ont ensuite étudié la MAP Kinase (MAPK), sorte d’interrupteur biochimique qui active et désactive le développement des ovules. En retirant le gène ogr-2, les ovules des vers ont vieilli de façon spectaculairement prématurée. “En retirant cette séquence de gène du ver”, explique Tzour, “les vers sont devenus moins fertiles, et leurs ovules ressemblaient à ceux des vers plus âgés”.


Retarder le vieillissement des ovocytes

Les ovocytes humains commencent à vieillir dès les premières règles de la jeune fille. L’âge moyen auquel les femmes donnent naissance à leur premier enfant continue toutefois d’augmenter. L’enjeu est donc de trouver le moyen de retarder le vieillissement des ovocytes sans perdre de leur qualité. L’idée avancée au vu de la récente découverte des chercheurs de l’Université de Jérusalem consiste à augmenter l’équivalent du gène ogr-2 chez les jeunes femmes via, par exemple, un additif alimentaire, afin de conserver leurs ovocytes “jeunes”. Autre option proposée : supprimer “l’interrupteur” MAPK durant les cycles de Fécondation In Vitro (FIV) afin d’aider les ovocytes plus âgés à être plus réceptifs au sperme, comme l’est un ovocyte jeune. Des pistes de réflexion et de travail qui tendent à remettre en question la notion "d'horloge biologique". Affaire à suivre...


Source : Journal "Genetics", 1/05/2019