• Docteur Nancie Attia

Les femmes enceintes, reines de l’endurance ?

Est-ce si étonnant ? D’après une récente étude menée par des chercheurs américains, les dépenses énergétiques des ultra-marathoniens, ces sportifs qui courent 250 km par semaine pendant des mois, et des femmes enceintes flirtent avec le «maximum» que l’espèce humaine est capable de supporter sur le long terme.


Les femmes enceintes sont-elles des super-héros ?

Il semble en tout cas qu’elles dépensent, durant leur grossesse, la même énergie qu'un ultra-marathonien ! L’équipe des chercheurs américains menée par Caitlin Thurber, Lara R. Dugas, Cara Ocobock, Bryce Carlson, John R. Speakman, et Herman Pontzer s’est penchée en détails sur le sujet des dépenses énergétiques humaines. Et en particulier sur le maximum possible sur le long terme, lors d’un effort physique notamment. Pour ce faire, les scientifiques ont étudié, grâce à des prélèvements d’urine, les dépenses énergétiques de six athlètes (5 hommes et une femme) ayant participé à la Race Across the USA en 2015. Cet événement sportif de haut niveau consistait à courir un marathon de 42 kilomètres par jour, six jours par semaine, pendant 14 à 20 semaines.


L’effort intense sur le long terme

Les résultats publiés en Juin 2019 dans la revue américaine Science Advances détonnent. La première conclusion qui s’impose, selon Herman Pontzer, est que “les limites d’endurance du corps lors d’un effort important et prolongé sont bien plus basses que nous le pensions.” Il apparaît ainsi de façon évidente qu’à partir d’une certaine période, les dépenses quotidiennes d’énergie des athlètes se stabilisent. Les sportifs brûlent moins de calories durant les derniers jours de la course qu’au début. “L’énergie que l’organisme brûle chaque jour pour son entretien de base”, comme l’explique le journal canadien La Tribune qui relaie à son tour l’information, est appelé “métabolisme de base”. Il s’agit des activités réalisées au repos complet : “Faire battre le cœur, faire marcher les poumons, faire fonctionner le cerveau, etc.”. A ces dépenses naturelles, s’ajoutent celles des efforts que nous fournissons. “Mais plus l’effort est intense, moins le corps est capable de le soutenir à long terme.”


Les dépenses énergétiques d’une femme enceinte

D’après cette nouvelle étude, le maximum possible serait de 2,5 fois le métabolisme de base. Loin, très loin, de ce qui avait été dit jusqu’à présent en étudiant les dépenses des cyclistes du Tour de France, épreuve qui dure vingt-trois jours. Le maximum avait alors été établi à 4 à 5 fois le métabolisme de base. Intéressant. Car 2,5 fois le métabolisme de base correspond justement au niveau de dépense énergétique d’une femme enceinte ou qui allaite, relève le New Scientist. Et d’insister sur le fait que “les coureurs perdent du poids quand ils dépensent plus de 2,5 fois leur métabolisme de base, tandis que les femmes enceintes, elles, sont capables de maintenir leur poids, voire d’en prendre”. Et doit-on rappeler que la durée d’une grossesse, de neuf mois, dépasse de loin la durée d’un marathon, aussi intense soit-il ?...